Biais de croyance

« Si ça correspond à mes croyances et connaissances, c’est surement valide. »

Définition

Le biais de croyance réfère à la tendance à se fier à ses croyances pour évaluer une conclusion. Cela mène au fait de surestimer la validité d’une conclusion crédible, et ce, indépendamment de sa validité logique réelle [1]. Il s’agit d’un des phénomènes les plus étudiés et démontrés dans le domaine du raisonnement. Cette tendance serait accentuée lorsque nous devons raisonner rapidement [2].


Les experts en logique font une distinction entre la validité logique d’un raisonnement et la véracité des prémisses et de la conclusion d’un raisonnement. La validité logique dépend de la relation logique qui unit les prémisses et la conclusion du raisonnement. La véracité des prémisses ou de la conclusion fait référence au fait que l’information qu’on y trouve est vraie dans le monde.  Il est important de savoir qu’un raisonnement peut être valide logiquement, mais ne contenir que des prémisses et une conclusion fausses, tout comme il peut être invalide logiquement et contenir tout de même une conclusion qui soit par ailleurs vraie.

Exemple

En considérant les deux raisonnements suivants, nous avons tendance à affirmer que le A est logiquement valide et rejeter la validité de B, simplement parce que la conclusion de la première est vraie dans la réalité. Les deux raisonnements sont pourtant également invalides logiquement, puisque leur conclusion ne découle pas logiquement des prémisses.


Raisonnement A

Prémisse 1 : Toutes les fleurs ont des pétales.

Prémisse 2 : Les roses ont des pétales.

Conclusion : Donc les roses sont des fleurs.


Raisonnement B

Prémisse 1 : Toutes les voitures ont des moteurs.

Prémisse 2 : Les avions ont des moteurs.

Conclusion : Donc les avions sont des voitures.

Explication

Selon plusieurs modèles théoriques, le biais de croyance résulterait d’heuristiques qui accélèrent le traitement de l’information. Ces heuristiques seraient utilisées au dépend d’un raisonnement lent, délibéré et qui prendrait par ailleurs plus d’efforts. En ce sens, ce type de raisonnement qui s’appuie sur la crédibilité de la conclusion, plutôt que sur les liens logiques, permettrait d’obtenir des résultats rapides et souvent utiles en se basant sur des indices en lien avec nos connaissances préétablies à propos du monde, plutôt que sur une analyse de la validité logique d’une proposition.

Conséquences

Lorsque la croyance d’une conclusion est en harmonie avec la validité logique d’une inférence, le biais de croyance facilite le raisonnement. Toutefois, lorsqu’il y a un conflit entre les deux, le biais de croyance nuit au raisonnement. Cela peut avoir des impacts dans tous les contextes du traitement de l’information. Par exemple, nous allons peu chercher de preuves pour ou contre des arguments qui sont crédibles puisque nous surestimons automatiquement leur validité. Nous évaluerons toutefois de façon plus neutre la validité logique des raisonnements pour lesquels nous n’avons pas de croyances préétablies. Nous serons encore plus prudents lorsque nous jugeons de la validité des raisonnements qui s’opposent à nos croyances.

Pistes de réflexion pour agir à la lumière de ce biais

  • Avoir conscience de notre tendance à confondre la validité logique et crédibilité.

  • Remettre les conclusions crédibles en question.

  • Se concentrer sur la validité d’une proposition.

Comment mesure-t-on ce biais?

Les outils élaborés afin de mesurer le biais de croyance consistent souvent à présenter plusieurs raisonnements dont la validité logique et la crédibilité des conclusions varient. Par exemple, dans une séquence de 12 raisonnements, la moitié serait valide et l’autre moitié invalide. De la même façon, la moitié serait crédible et l’autre non. Cela mènerait à 6 raisonnements conflictuels (3 valides mais incroyables, et 3 invalides mais crédibles) et 6 raisonnements non conflictuelles (3 valides et crédibles et 3 invalides et incroyables). Par la suite, le degré de susceptibilité au biais de croyance serait obtenu en calculant la différence entre les bonnes réponses aux énoncés conflictuels et les bonnes réponses aux énoncés non conflictuels.

Ce biais est discuté dans la littérature scientifique :

Ce biais a des répercussions au niveau individuel ou social :

Ce biais est démontré scientifiquement :

Références

[1] Evans, Jonathan. S. B., Julie L. Barston & Paul Pollard (1983). On the conflict between logic and belief in syllogistic reasoning. Memory & Cognition, 11(3), 295-306.


[2] Evans, Jonathan. S. B. & Jodie Curtis-Holmes (2005). Rapid responding increases belief bias: Evidence for the dual-process theory of reasoning. Thinking & Reasoning, 11(4), 382-389.


Autres


Klauer, Karl Christoph, Jochen Musch & Birgit Naumer (2000). On belief bias in syllogistic reasoning. Psychological review, 107(4), 852-884.


Markovits, Henry & Guilaine Nantel (1989). The belief-bias effect in the production and evaluation of logical conclusions. Memory & cognition, 17(1), 11-17.


Oakhill, Jane, Philip N. Johnson-Laird & Alan Garnham (1989). Believability and syllogistic reasoning. Cognition, 31(2), 117-140.

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Niveau individuel, Heuristique de disponibilité, Besoin de fermeture cognitive, Besoin de consonance cognitive

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Auteur-e

Émilie Gagnon-St-Pierre est doctorante en psychologie cognitive et sociale à l’Université du Québec à Montréal. Elle est affiliée au Laboratoire des processus de raisonnement et au Laboratoire Culture, Identité et Langue. Elle est également co-fondatrice de Raccourcis.

Comment citer cette entrée

Gagnon-St-Pierre, E. (2020). Biais de croyance. Dans C. Gratton, E. Gagnon-St-Pierre, & E. Muszynski (Eds). Raccourcis : Guide pratique des biais cognitifs Vol. 1. En ligne : www.shortcogs.com

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