Biais de proximité

« Nous accordons moins d’importance aux événements éloignés dans le futur qu’aux événements rapprochés dans le temps. »

Définition

Le biais de proximité est défini par la tendance à se préoccuper davantage de ce qui se passe dans le présent que de ce qui se passera dans le futur. Lorsqu'on leur donne le choix, les gens sont enclins à préférer les récompenses immédiates à celles disponibles après un délai, ce qui implique que la valeur des récompenses différées par rapport aux récompenses plus immédiates est réduite (c'est-à-dire qu'elles sont perçues comme valant moins) [1]. Pour cette raison, les économistes appellent ce biais la « dévalorisation temporelle ». Si les économistes ont popularisé ce concept, il a également été largement étudié en psychologie, en contexte individuel et de groupe, et il s'applique à plusieurs phénomènes sociaux tels que la toxicomanie [2] et la procrastination [3].

Exemple

De nombreuses études ont montré qu'en surévaluant les bénéfices à court terme, nous négligeons notre bien-être à long terme. Les gens n’épargnent pas assez d’argent pour la retraite, préférant dépenser leur argent maintenant plutôt que d’en profiter à un âge avancé. Les gens ont de mauvaises habitudes de suralimentation dans le présent, malgré les problèmes que l'obésité peut causer à l'avenir. Nous continuons à penser que nous devrions manger modérément et passer notre tour pour le dessert, mais « juste cette fois-ci », nous nous ferons plaisir. Après tout, manger un seul hamburger ne nuit pas beaucoup à la santé, et le peu de dégâts qu’il cause pourrait bien être compensé par le plaisir qu’il procure. Le problème, bien sûr, est que la situation se répète sans cesse et que « juste cette fois-ci » devient toujours.

Explication

On ne sait toujours pas exactement pourquoi le cerveau est biaisé vers le présent. Une explication est que lorsque nous prenons des décisions, nous privilégions les récompenses immédiates, car nous trouvons que les résultats à long terme sont incertains [4]. Cela s'explique en partie par le fait que nous avons du mal à bien comprendre les conséquences à long terme. Une des hypothèses explicatives dominantes est que pour nos ancêtres, le défi immédiat de la survie a pris le pas sur les préoccupations ou les spéculations sur l'avenir lointain [5]. Ainsi, une myopie temporelle, soit l'incapacité à considérer les résultats à long terme d'une action lors d'un choix, se serait développée et resterait à ce jour tel un artefact évolutif. Ce biais peut aussi s'expliquer par l'impulsivité et la tendance à la gratification immédiate, étant donné que les récompenses actuelles sont plus valorisées que les récompenses futures [6]. Par conséquent, le biais de proximité peut nous rendre aveugles aux avantages de la prise de décision à long terme, qui peuvent parfois inclure des gains bien supérieurs aux décisions plus immédiates [2].

Conséquences

Le biais de proximité peut avoir des conséquences négatives pour toutes sortes d'institutions et de professions et peut être préjudiciable dans de nombreux aspects de notre vie. Pensez au changement climatique : il est maintenant clair que les effets à long terme des activités et des technologies à forte émission de carbone seront extrêmement coûteux. Étant donné que les coûts pour réduire ces empreintes doivent être payés d'avance, alors que les avantages potentiels sont susceptibles de se produire dans plusieurs décennies, il est difficile pour les gens de se motiver à changer leurs comportements. Ignorer le changement climatique à court terme présente des avantages tant pour les individus que pour les organisations, car ils n'ont pas à faire de changements s'ils ignorent l'influence de leur empreinte de carbone sur le monde. Même si nous pensons que nous allons vivre une période terrible dans dix ans, nous ne sommes tout simplement pas motivés à changer. Agir sur le changement climatique implique de compromettre les avantages à court terme au profit des avantages à long terme, et ce compromis est parmi les plus difficiles à faire pour les gens.

Pistes de réflexion pour agir à la lumière de ce biais

  • Réfléchir aux impacts spécifiques d'événements futurs peut avoir l'avantage de provoquer des émotions et ainsi de contrer la tendance à ignorer l'avenir.

  • Décomposer les grands objectifs en petits objectifs pour que la récompense ne soit plus une possibilité lointaine, mais quelque chose de plus immédiat et réalisable.

  • Réfléchir et discuter régulièrement de son avenir à long terme aide à prendre des décisions qui lui donnent la priorité.

Comment mesure-t-on ce biais?

Les tâches qui mesurent le biais de proximité exigent généralement que les participant-es fassent des choix entre une petite récompense variable disponible immédiatement et une récompense constante plus grande disponible après un délai variable. Ces comparaisons binaires sont utilisées pour déduire un point d'indifférence, qui est le point auquel la personne est passée de préférer la récompense immédiate à préférer la récompense retardée [7]. Par exemple, une participante peut choisir d'attendre un mois pour obtenir 100$ plutôt que d’obtenir 50$ maintenant, mais lorsqu'elle a un choix entre 60$ maintenant ou 100$ en un mois, la participante peut choisir 60 $ maintenant. Cela indiquerait que 60$ est le point d'indifférence. Pour chaque montant d'argent, la participante indique si elle préfère la récompense immédiate ou différée. Cette procédure est répétée avec différents délais ce qui permet aux chercheur-es de comparer les points d'indifférence et les taux de valorisation. Le biais de proximité est identifié chaque fois que les récompenses immédiates moins intéressantes sont préférées aux récompenses à long terme plus intéressantes.

Ce biais est discuté dans la littérature scientifique :

Ce biais a des répercussions au niveau individuel ou social :

Ce biais est démontré scientifiquement :

Références

[1] Story, Giles W., Ivo Vlaev, Ben Seymour, Ara Darzi & Raymond J. Dolan (2014). Does temporal discounting explain unhealthy behavior? A systematic review and reinforcement learning perspective. Frontiers in Behavioral Neuroscience, 8, 1–15. https://doi.org/10.3389/fnbeh.2014.00076. (Revue systématique)


[2] Bickel, Warren K., Amy L. Odum & Gregory J. Madden (1999). Impulsivity and cigarette smoking: delay discounting in current, never, and ex-smokers. Psychopharmacology 146, 447–454. https://doi.org/10.1007/PL00005490


[3] Haiyan, Wu, Gui Danyang, Lin Wenzheng, Gu Ruolei, Zhu Xiangru & Liu Xun (2016). The procrastinators want it now: Behavioral and event-related potential evidence of the procrastination of intertemporal choices. Brain and Cognition 107:16-23. doi: 10.1016/j.bandc.2016.06.005


[4] Raihani, Nichola & David Aitken (2011). Uncertainty, rationality and cooperation in the context of climate change. Climatic Change, 108(1-2), 47–55. doi:10.1007/s10584-010-0014-4


[5] Cyrus, Chu C. Y., Hung-Ken Chien & Ronald D. Lee (2010). The evolutionary theory of time preferences and intergenerational transfers. Journal of Economic Behavior & Organization, 76(3), 451–464. https://doi.org/10.1016/j.jebo.2010.09.011


[6] Frederick, Shane, George Loewenstein & Ted O’Donoghue (2002). Time discounting and time preference: A critical review. Journal of Economic Literature, 40, 351-401.


[7] Basile, Alexandra G. & Maggie E. Toplak  (2015). Four converging measures of temporal discounting and their relationships with intelligence, executive functions, thinking dispositions, and behavioral outcomes. Frontiers in Psychology, 6, 6–18. https://doi.org/10.3389/fpsyg.2015.00728

Tags

Niveau individuel, Heuristique de disponibilité, Besoin de sécurité, Besoin de fermeture cognitive

Biais reliés

  • Dévalorisation temporelle (synonyme) 

  • Biais du présent

  • Actualisation hyperbolique

Auteur-e

Sophie-Andrée Vinet, Bsc neurosciences cognitives, Université de Montréal

Traduit de l’anglais au français par Cloé Gratton.

Comment citer cette entrée

Vinet, S.-A. (2020). Biais de proximité, trad. C. Gratton. Dans C. Gratton, E. Gagnon-St-Pierre, & E. Muszynski (Eds). Raccourcis : Guide pratique des biais cognitifs Vol. 1. En ligne : www.shortcogs.com

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