Biais rétrospectif

« Finalement, je savais que ça allait arriver. »

Définition

Le biais rétrospectif est la tendance à surestimer notre capacité à prédire le résultat d’un événement après que celui-ci ce soit produit. Une fois que nous connaissons les résultats d’un événement incertain (comme une élection politique, par exemple), nous avons tendance à dire que nous connaissions le résultat « depuis le début », même si ce ne pouvait être le cas [1]. Trois formes de biais rétrospectif sont documentées à ce jour : la distorsion de la mémoire, la surestimation de la prévisibilité d’un événement, et l’impression que le résultat de l’événement devait nécessairement se produire [2]. Dans la plupart des cas, nous modifions les croyances que nous avions en lien avec l’événement avant son dénouement, et percevons après coup le dénouement de l’événement comme étant plus prévisible qu’il ne l’était [3]. La personne « s’ancre » dans son point de vue post-résultat, et est incapable de retourner à la croyance qu’elle avait avant que l’événement en question ne survienne [4]. Il faut aussi faire attention de ne pas confondre le biais rétrospectif avec notre capacité d’apprentissage normale : le biais rétrospectif n’apparait qu’au moment où, lorsque l’on apprend quelque chose, on oublie la croyance qu’on avait avant d’apprendre ce qui s’est réellement passé. Dans un processus d’apprentissage, on devrait idéalement garder à l’esprit que nous avions, avant d’apprendre le dénouement réel d’un événement, certaines croyances erronées.

Exemple

Les sondages d’une élection politique, une semaine avant le jour du vote, montrent que deux partis, A et B, sont au coude-à-coude pour la victoire. Vous discutez avec une amie à ce moment-là, qui vous dit que les chances du Parti A de gagner sont égales à celles du Parti B. Une semaine plus tard, les résultats du vote sont annoncés : le parti A gagne par un avantage considérable la chambre des représentant-es. Vous rediscutez avec cette même amie au lendemain de l’élection, qui vous dit maintenant qu’il était évident que le Parti A l’emporterait et qu’elle en était certaine la semaine avant l’élection [5].

Explication

Il semble que plusieurs éléments peuvent amener une personne à avoir ce biais ; par exemple, entretenir la croyance qu’un événement qui s’est déjà produit devait nécessairement arriver [4]. Ou encore, avoir la croyance que le monde est organisé d’une façon structurée et déterminée. Ces croyances en un monde déterminé nous amènent à vouloir trouver une solution claire et définie pour des événements qui ne sont en réalité que probables, et nous amènent à ancrer nos croyances par rapport à un événement sur une seule de ses issues possibles. Du moment où nous apprenons qu’un événement s’est terminé d’une certaine manière, nous avons de la difficulté à considérer les autres possibilités, puisque notre croyance est « ancrée » dans le dénouement qui s’est réalisé. Le désir de bien paraître peut aussi nous influencer : dire que l’on connaissait déjà les résultats d’un événement avant qu’il ne se soit conclu peut nous faire paraître intelligent-e [1].

Conséquences

Le biais rétrospectif peut contribuer à faire apparaitre un excès de confiance. Si nous pensons à tort que nous connaissions déjà le résultat d’un événement avant qu’il ne se concrétise, cela a pour effet de limiter l’apprentissage que l’on peut tirer du résultat, et nous donne une confiance démesurée dans notre capacité à prédire le résultat d’événements futurs [1].


Plus concrètement, ce biais a des répercussions dans une grande variété de situations sociales, comme la politique, le système judiciaire, l’éducation, ou la pratique médicale. Si un résultat nous apparait évident après coup, cela peut avoir un impact sur la façon dont on juge de l’évidence d’un fait. Par exemple, une médecin pourrait se sentir coupable de ne pas avoir prédit ce qu’elle estime avoir été prévisible après-coup, et ainsi de n’avoir pas su diagnostiquer précocement une maladie. Dans le même ordre d’idées, un proche d’un patient qui aurait attendu longtemps pour un diagnostic pourrait remettre en cause les aptitudes du médecin, puisque ce diagnostic lui apparait maintenant évident [4].

Pistes de réflexion pour agir à la lumière de ce biais

  • Essayer de se souvenir de la croyance que nous avions au départ, et lutter contre « l’ancrage » dans la croyance post-résultat (cela peut être difficile compte tenu de la force du biais) [1].

  • Considérer les alternatives possibles à un événement s’étant produit, et ne pas penser que si un événement s’est produit, c’est qu’il devait nécessairement se produire [5].

  • L’expertise dans un domaine pourrait contribuer à lutter contre le biais rétrospectif : nous sommes plus enclin-es à considérer toutes les alternatives pour le dénouement d’un événement si nous connaissons bien le sujet [5].

  • Discuter des résultats d’un événement avant et après son dénouement, et confirmer avec ses proches quelles étaient nos croyances au départ.

  • Adopter une posture d’humilité intellectuelle : on ne peut pas tout savoir, ou tout prédire.

Comment mesure-t-on ce biais?

Les expériences en laboratoire pour mesurer le biais se font généralement en trois étapes. D’abord, les participant-es de l’expérience reçoivent certaines informations liées à un événement (par exemple, un conflit armé entre deux pays). Les participant-es sont ensuite divisé-es en deux groupes : l’un recevra des informations concernant le résultat réel de l’événement (comment le conflit armé s’est résolu), et l’autre ne recevra aucune information. Finalement, les deux groupes doivent estimer la probabilité de chacune des conclusions possibles de cet événement comme s’ils n’en connaissaient pas le résultat. En général, le groupe qui connait déjà le résultat réel estime la probabilité que celui-ci se produise de façon nettement plus élevée que le groupe qui ne le connaît pas [1].

Ce biais est discuté dans la littérature scientifique :

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Ce biais a des répercussions au niveau individuel ou social :

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Ce biais est démontré scientifiquement :

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Références

[1] Hawkins, Scott A., & Reid Hastie (1990). Hindsight: Biased judgments of past events after the outcomes are known. Psychological Bulletin, 107(3): 311-327.


[2] Blank, Hartmut, Steffen Nestler, Gernot von Collani, & Volkhard Fischer (2008). How many hindsight biases are there? Cognition, 106(3): 1408-1440.


[3] Erdfelder, Edgar, & Axel Buchner (1998). Decomposing the hindsight bias: A multinomial processing tree model for separating recollection and reconstruction in hindsight. Journal of Experimental Psychology: Learning, Memory and Cognition, 24(2): 387-414.


[4] Fischoff, Baruch (1975). Hindsight ≠ foresight: The effect of outcome knowledge on judgement under uncertainty. Journal of Experimental Psychology: Human Perception and Performance 1(3): 288-299.


[5] Roese, Neal J., & Kathleen D. Vohs. (2012). Hindsight bias. Perspectives on Psychological Science 7(5): 411-426.

Tags

Niveau individuel, Heuristique de disponibilité, Heuristique d'ancrage, Besoin d'estime de soi, Besoin de sécurité, Besoin de consonance cognitive

Biais reliés

  • Illusion de transparence

  • Biais d’interprétation

Auteur-e

Fabrice Valcourt, étudiant de maîtrise en philosophie à L’UQAM.

Comment citer cette entrée

Valcourt, F. (2021). Biais rétrospectif. Dans C. Gratton, E. Gagnon-St-Pierre, & E. Muszynski (Eds). Raccourcis : Guide pratique des biais cognitifs Vol. 4. En ligne : www.shortcogs.com

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