Effet Barnum

« Je me reconnais précisément dans des descriptions vagues et génériques de la personnalité. »

Définition

L’effet Barnum est un biais cognitif qui induit l’individu à accepter une description vague de la personnalité comme s’appliquant spécifiquement à sa propre personnalité [1]. Ce biais est d’autant plus manifeste lorsque le discours contient des éléments gratifiants tout en étant vague et général, ou, en d’autres mots, lorsque ce discours pourrait s’appliquer à une grande majorité de personnes. L’effet Barnum peut persister même une fois que l’on est informé-e de la nature générique de la description [2].

Exemple

« Vous avez besoin d’être aimé-e et admiré-e, et pourtant vous êtes critique avec vous-même. Vous avez certes des points faibles dans votre personnalité, mais vous savez généralement compenser pour ces lacunes. Par moment vous êtes très extraverti-e, bavard-e et sociable, tandis qu’à d’autres moments vous êtes introverti-e, circonspect-e, et réservé-e » [3]. Vous êtes-vous personnellement reconnu-e dans ce portrait ? Si oui, vous venez de faire l’expérience de l’effet Barnum. Il est courant que cet effet se produise à la lecture de votre horoscope ou d’un résultat de numérologie par exemple. Même en sachant que ce portrait est destiné à un large public, il peut être troublant de constater que l’on s’y reconnait précisément.

Explication

Bien que l’interprétation de l’effet Barnum était initialement attribuée à la crédulité excessive des individus [3], les explications contemporaines diffèrent. Parce que les énoncés sont suffisamment vagues et génériques, vous allez spontanément les compléter avec vos propres pensées et expériences [4]. Par exemple, si l’énoncé affirme que « vous êtes quelqu’un de généreux », votre cerveau va automatiquement essayer d’associer cette affirmation flatteuse avec une expérience précise de votre vie. En interprétant les informations et en les complétant à votre manière, vous les validez vous-même et renforcez ainsi votre croyance en l’énoncé, mais également en la source qui le délivre. Par ailleurs, l’effet Barnum peut être renforcé par le biais de confirmation, qui correspond à la tendance d’accorder plus d'attention et de poids aux données qui appuient nos idées préconçues et nos croyances qu'à celles qui les contredisent. Par exemple, si vous croyez en l’astrologie et lisez votre horoscope, vous allez avoir tendance à chercher à connecter son contenu à des expériences personnelles spécifiques, en ignorant celles qui pourraient le contredire [5]. Il a été également démontré que les énoncés positifs et flatteurs, même s’ils sont approximatifs ou faux, sont plus facilement acceptés comme une description précise de la personnalité que les énoncés négatifs [4]. Plutôt que l’exactitude objective de l’énoncé, ce serait en réalité le désir que l’énoncé soit vrai qui en susciterait l’adhésion.

Conséquences

L’effet Barnum se manifeste généralement dans des domaines tels que l’astrologie, la voyance, la graphologie, le mentalisme ou encore la cartomancie. Bien que ce biais n’ait généralement pas de conséquences importantes au quotidien, il peut être exploité (malhonnêtement ou non) pour manipuler autrui, le faire souscrire à des analyses ou services payants, ou bien le faire adhérer à des projets et des croyances. De façon plus subtile, l’effet Barnum se produit aussi dans l’industrie du marketing et de la publicité. Si les consommateur-trices se reconnaissent dans la description du « genre de personnes » qui bénéficieraient d’un produit, ou s’ils reconnaissent leur situation dans celle d’un « problème spécifique » pour lequel il est possible d’acheter une solution, alors ils sont plus susceptibles d’acheter et d’être fidèles à la compagnie. Ainsi, par l’effet Barnum, une même description générique écrite de façon à paraitre spécifique peut faciliter l’adhésion d’un grand nombre de consommateurs à la fois.

Pistes de réflexion pour agir à la lumière de ce biais

  • Lorsqu’on se retrouve à croire des informations hasardeuses, prendre du recul et se demander si ces informations s’appliqueraient facilement à d’autres personnes.

  • Avant de prendre une décision majeure fondée sur une analyse que l’on pense précise et personnalisée, vérifier ses fondements scientifiques et questionner les intentions des personnes qui auraient un intérêt certain (politique, monétaire, …) à nous faire adhérer à leur discours.

Comment mesure-t-on ce biais?

Ce biais a été mis en évidence par le psychologue américain B. Forer en 1948 [3], lors d’une expérience sur ses étudiant-es. Après leur avoir donné un test de personnalité à remplir, il assura rendre à chacun-e une analyse individuelle personnalisée et leur demanda d’évaluer son exactitude sur une échelle de 0 (médiocre) à 5 (excellent). Une forte moyenne de 4,26 fut obtenue. Pourtant, le portrait, réalisé à partir de différents horoscopes, était en réalité identique pour tou-tes les participant-es. Cette expérience a été depuis reproduite à de multiples reprises, avec des conclusions toujours similaires [4]. En particulier, il a été constaté que l'évaluation de la pertinence du profil augmente si la personne est persuadée que l'analyse s'applique à elle seule [4].

Ce biais est discuté dans la littérature scientifique :

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Ce biais a des répercussions au niveau individuel ou social :

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Ce biais est démontré scientifiquement :

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Références

[1] Furnham, Adrian & Sandra Schofield (1987). Accepting personality test feedback: A review of the Barnum effect. Current Psychology 6(2): 162-178.


[2] Ulrich, Roger E., Thomas J. Stachnik & N. Ransdell Stainton(1963). Student acceptance of generalized personality interpretations. Psychological Reports 13(3): 831-834.


[3] Forer, Bertram R. (1949). The fallacy of personal validation: a classroom demonstration of gullibility. The Journal of Abnormal and Social Psychology 44(1): 118.


[4] Dickson, D. H. & Ivan W. Kelly (1985). The ‘Barnum Effect’ in personality assessment: A review of the literature. Psychological Reports57(2): 367-382.


[5] Fichten, Catherine S. & Betty Sunerton (1983). Popular horoscopes and the “Barnum effect”. The Journal of Psychology 114(1): 123-134.

Tags

Niveau individuel, Heuristique de représentativité, Heuristique de disponibilité, Besoin d'estime de soi, Besoin de fermeture cognitive

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Auteur-e

Charlotte Remy, étudiante au doctorat en physique médicale à l’Université de Montréal.

Comment citer cette entrée

Remy, C. (2021). Effet barnum. Dans C. Gratton, E. Gagnon-St-Pierre & E. Muszynski (Eds.). Raccourcis : Guide pratique des biais cognitifs Vol. 4. En ligne : www.shortcogs.com

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