La stratégie Gagner-Rester/Perdre-Changer

« J’ai davantage tendance à répéter des actions lorsqu’elles sont efficaces et à les changer lorsqu’elles ne le sont pas. »

Définition

Nous portons attention aux conséquences de nos comportements. Sur la base de ces conséquences, nous ajustons la probabilité de reproduire ces comportements dans le futur. Les comportements qui mènent à des conséquences positives ont plus de chance d’être répétés (Gagner-Rester) alors que ceux qui mènent à des conséquences négatives risquent davantage d’être évités (Perdre-Changer) [1]. En particulier, les décisions subséquentes à l'expérience d'un résultat négatif ont tendance à être plus impulsives [2] et donc sous-optimales.

Exemple

Pour faire du vélo, il faut apprendre à opérer les pédales correctement. Lorsque vous êtes en mouvement, vous vérifiez si vous pouvez maintenir votre vitesse en basculant les pédales vers l’arrière, puis vers l’avant. Cela vous fait tomber. Puisque la conséquence de cette action est négative, il est probable que vous tentiez une action différente la prochaine fois (Perdre-Changer). En remontant sur le vélo, vous faites tourner les pédales vers l’avant seulement et maintenez efficacement votre vitesse. Puisque ce mouvement a mené à de bons résultats, vous aurez tendance à le répéter (Gagner-Rester). Par contre, ce raccourci peut être utilisé dans des situations dans lesquelles il n’est pas logique de s’y prendre ainsi. Nous pourrions, par exemple, continuer à miser sur des machines à sous qui nous ont rapporté de l’argent (Gagner-Rester) et abandonner celles qui sont infructueuses (Perdre-Changer) alors que ces systèmes sont régis par le hasard et sont donc imperméables à de telles stratégies.

Explication

Les origines de la stratégie Gagner-Rester/Perdre-Changer ont été étudiées à plusieurs niveaux. Pour la survie individuelle et celle de notre espèce, il est essentiel que nous évitions les conséquences négatives et recherchions les conséquences positives. Ainsi, les stratégies Gagner-Rester/Perdre-Changer représentent principalement une tendance naturelle associée à des avantages au niveau de notre évolution.


Bien que Gagner-Rester et Perdre-Changer semblent être des stratégies parfaitement opposées, il existe des différences dans leurs manifestations et dans le contrôle que nous en avons [3]. Entre autres, les comportements de Perdre-Changer semblent être plus prévalents que ceux de Gagner-Rester et ce, surement en raison du fait que nous accordons une plus grande importance aux conséquences négatives qu’aux conséquences positives [4].

Conséquences

Le recours à la stratégie Gagner-Rester/Perdre-Changer est une habileté nécessaire et bénéfique à l’apprentissage. Toutefois, ces raccourcis peuvent être problématiques dans certains contextes, tels que lors de compétitions dans lesquelles il ne peut y avoir qu’un seul vainqueur. En effet, lors de ces compétitions, nous devons éviter d’être exploité-es en empêchant nos compétiteurs-trices de trouver des patrons prévisibles et observables dans nos comportements, qui pourraient être utilisés à nos dépens. En suivant les normes de Gagner-Rester et Perdre-Changer dans des contextes de compétition, nous risquons effectivement d’être prévisibles et donc, exploité-es.

Pistes de réflexion pour agir à la lumière de ce biais

La seule façon d’éviter d’être exploité-e est de tenter d’adopter des comportements le plus aléatoires possibles. Par exemple, si vous effectuez un tir de pénalité au soccer, il ne serait pas souhaitable d’avoir un biais prévisible qui vous ferait viser davantage vers la gauche ou vers la droite. Un type d’action ne devrait pas être exprimé plus fréquemment qu’un autre et les actions futures ne devraient pas être déterminées par les conséquences des actions passées. Cela nécessite d’inhiber l’impulsion de répondre hâtivement (surtout celles suivant un échec) afin de prendre le temps nécessaire au processus décisionnel.

Comment mesure-t-on ce biais?

Gagner-Rester/Perdre-Changer est une stratégie qui peut être mesurée de plusieurs façons. Une des méthodes consiste à créer un environnement dans lequel le nombre d’options possibles est limité, comme dans le jeu Roche, Papier, Ciseau, dans lequel seules trois options sont disponibles. Le nombre de fois qu’un-e participant répète une option à la suite d’une victoire (ex. : gagner avec Roche, puis rejouer Roche) et change d’option à la suite d’une défaite (ex. : perdre avec Roche, puis choisir Papier ou Ciseau) peut être calculé. Ces pourcentages sont ensuite comparés aux comportements attendus lorsque les individus jouent de façon aléatoire (ex. : 33% pour Gagner-Rester et 66% pour Perdre-Changer) [5]. Les biais sont représentés par les valeurs observées qui diffèrent des valeurs attendues.

Ce biais est discuté dans la littérature scientifique :

Ce biais a des répercussions au niveau individuel ou social :

Ce biais est démontré scientifiquement :

Références

[1] Thorndike, Edward (1901). Animal intelligence: An experimental study of the associative processes in animals. Psychological Review Monograph Supplement, 2, 1–109.


[2] Eben, Charlotte, Zhang Chen, Luc Vermeylen, Joel Billieux & FrederickVerbruggen (2020). A direct and conceptual replication of post-loss speeding when gambling. Royal Society Open Science, 7: 200090.


[3] Kubanek, Jan, Lawrence H. Snyder & Richard A. Abrams (2015). Reward and punishment act as distinct factors in guiding behavior. Cognition, 139, 154-167.

[4] Kahneman, Daniel & Amos Tversky (1979). Prospect theory: An analysis of decision under risk. Econometrica, 47, 263-291.


[5] Forder, Lewis & Benjamin James Dyson (2016). Behavioural and neural modulation of win-stay but not lose-shift strategies as a function of outcome value in Rock, Paper, Scissors. Scientific Reports, 6: 33809.

Tags

Niveau individuel, Besoin de sécurité, Niveau interpersonnel

Biais reliés

  • Erreur du joueur 

  • Phénomène de la main gagnante 

Auteur-e

Dr Ben Dyson est Professeur Associé au Département de psychologie de l’Université de l’Alberta, Canada. Il a gradué de York University, UK, en 2002 après avoir complété une thèse sur la cognition auditive. Il a ensuite accompli un postdoctoral au Rotman Research Institute, Canada (2002-2004) où il a fait de la recherche sur les potentiels liés aux événements (ERP). Il a occupé des postes académiques dans des départements de psychologie à l’Université de Sussex, UK (2005-2008) et à l’Université Ryerson, Canada. Ses intérêts de recherche concernent l’emploi de jeux simples dans la compréhension de la prise de décision aux niveaux comportemental et neuronal.

Traduit de l’anglais au français par Émilie Gagnon-St-Pierre.


Comment citer cette entrée

Dyson, B. (2020). Stratégie Gagner-Rester, Perdre-Changer, trad. E. Gagnon-St-Pierre. Dans C. Gratton, E. Gagnon-St-Pierre, & E. Muszynski (Eds). Raccourcis : Guide pratique des biais cognitifs Vol. 1. En ligne : www.shortcogs.com

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